Lire, écrire, expression orale et illettrisme

La communication joue un rôle majeur dans tous les domaines de la vie. Lire et écrire, comprendre et transmettre des informations sont donc des compétences indispensables. Les lacunes en lecture et en écriture, mais aussi dans le domaine de l’expression orale dans la langue officielle locale compliquent les actes de la vie courante et l’intégration sociale.

S’agissant de la population résidante permanente, la langue principale parlée par une personne adulte sur dix ne correspond pas à une langue officielle. En outre, dans toute la Suisse, une personne sur six âgée de 16 à 65 ne dispose pas de compétences en lecture et en écriture suffisantes pour être autonome dans sa vie professionnelle et privée (selon les données de l’Office fédéral de la statistique OFS 2006).

Le fait qu’il existe en Suisse des adultes francophones qui, bien qu’ils aient été scolarisés dans notre pays, éprouvent des difficultés dans les domaines de l’écriture et de la lecture est peu connu du grand public. Le terme technique « illettrisme » est utilisé pour qualifier cette problématique. Ce terme décrit d’une part une réalité sociale complexe et d’autre part, la situation individuelle des personnes concernées. Les mesures de lutte contre l’illettrisme déploient uniquement leur efficacité si elles tiennent compte de ce phénomène dans sa globalité. 

En Suisse, un cadre d’orientation relatif aux compétences de base dans le domaine de la langue a été élaboré en 2023 sous la direction du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Selon le cadre d’orientation, le domaine de compétences de la langue comprend la capacité de comprendre, d’utiliser et de transmettre des informations liées à différents contextes sous forme écrite et orale, compte tenu de plusieurs niveaux de difficulté. Dans la pratique, il s’agit des trois domaines de compétences que sont la lecture, l’écriture et l’expression orale dans la langue nationale. Le cadre d’orientation définit, à titre d’exemple, les compétences de base dont une personne adulte a besoin.

Les trois domaines de compétences de la langue peuvent se développer à des rythmes différents. Souvent, la compétence d’expression orale est plus développée que la compétence de lecture et/ou d’écriture, aussi bien chez les personnes dont la langue locale est la langue première que chez les personnes pour qui la langue locale est une langue nouvelle.

Il existe différents groupes de personnes présentant des compétences de base lacunaires dans le domaine de la langue. Ces groupes se distinguent notamment par leur origine, leur accès aux offres de formation et leur besoin de soutien.

Il n’est toutefois pas toujours aisé de délimiter clairement ces différents publics cibles. Les difficultés dans le domaine de la lecture et/ou de l’écriture peuvent toucher aussi bien des personnes dont la première ou la deuxième langue est la langue officielle locale que des personnes qui maîtrisent mal la langue officielle locale.

Lire & écrire

Les compétences en lecture et en écriture sont avant tout indispensables à la communication écrite, qui est omniprésente. La faculté de comprendre et d’écrire des textes est donc essentielle. L’écrit étant un moyen de communication important, des lacunes dans ce domaine compliquent les actes de la vie courante et l’intégration sociale. De ce fait, on peut définir les compétences en lecture et en écriture comme suit :

Comprendre l’écrit, c’est non seulement comprendre et utiliser des textes écrits, mais aussi réfléchir à leur propos. Cette capacité devrait permettre à chacun de réaliser ses objectifs, de développer ses connaissances et son potentiel et de prendre une part active dans la société. Définition selon OCDE 2005

Par ailleurs, le terme spécialisé « littératie » est souvent utilisé pour évaluer ou classer les compétences dans le domaine de l’écrit :

Par littératie on entend actuellement la faculté de maîtriser l’écrit, afin de lire et d’écrire des textes, de donner un sens à ces textes et de comprendre le sens de ces textes. Définition selon Grotlüschen et Riekmann 2012, principaux résultats de l'étude leo 2010

Par conséquent, la structure des cours de compétences de base dans le domaine de la langue varie en fonction du groupe cible et dépend notamment de la capacité de communication orale, du niveau de formation et du degré d’alphabétisation des apprenant·e·s. Une personne qui parle bien la langue cible n’a pas la même approche des questions de grammaire qu’une personne qui doit apprendre la langue. De même, pour les apprenant·e·s déjà alphabétisé·e·s, l’accès à la lecture et à l’écriture n’est pas le même que pour les personnes qui doivent apprendre à lire et à écrire. La problématique est encore différente pour les personnes qui maîtrisent déjà un autre système d’écriture : elles sont alphabétisées, mais doivent apprendre l’alphabet latin.

Espression orale (parler)

L’expression orale est une compétence essentielle en vue de l’intégration culturelle, sociale, politique et économique. Elle est également indispensable pour trouver ses repères dans un environnement complexe. Selon la loi suisse sur la formation continue, l’expression orale est la faculté de communiquer dans la langue officielle locale. En Suisse, les personnes qui doivent développer leurs connaissances dans ce domaine sont celles qui ne maîtrisent pas la langue officielle de leur région parce qu’elles ont immigré en Suisse.

Dans notre pays, les prestataires de cours de langue et d’intégration proposent des offres de formation dans le domaine de l’expression orale. En fonction des thématiques abordées, les cours de langue comprennent également des exercices de lecture, d’écriture, de calcul et d’utilisation des technologies de l’information et de la communication, en fonction des connaissances préalables et des besoins spécifiques des participant-e-s

Le programme d’encouragement linguistique pour les adultes migrants (fide) et le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) fournissent des informations sur l'encouragement linguistique pour les allophones en Suisse, ce qui amène à examiner plus en détail les difficultés de lecture et d'écriture ainsi que le terme technique d'illettrisme qui y est lié.

Si l’on se réfère à la définition ci-dessus, le terme « illettrisme » qualifie la situation de personnes qui, bien que régulièrement scolarisées, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture et/ou de l’écriture pour être autonomes dans les situations simples de la vie privée ou professionnelle. Une personne en situation d’illettrisme (synonyme : faible niveau de littératie) connaît les lettres de l’alphabet et est en mesure d’écrire et de lire des mots et des phrases simples. En revanche, les textes plus complexes représentent souvent un obstacle pour les personnes avec un faible niveau en littératie qui ont des difficultés à maîtriser les exigences de la vie professionnelle et privée. Selon cette définition, l’illettrisme se distingue de l’analphabétisme primaire (ou analphabétisme dans la langue courante) : une personne en situation d’analphabétisme primaire ne sait ni lire ni écrire. Elle part de zéro et doit acquérir les connaissances de base relatives à la graphie, l’alphabet et le geste d’écriture.

Les définitions ci-dessous montrent la différence entre l’illettrisme et l’analphabétisme :

L’analphabétisme décrit la situation de personnes qui n’ont jamais appris à lire et qui ne connaissent pas les signes de l’alphabet. En revanche, le terme illettrisme se réfère au fait que dans une société à scolarité obligatoire de longue durée, de nombreuses personnes ne possèdent pas les compétences de base qu’elles auraient dû acquérir à l’école.Définition du «Wörterbuch Schweizer Sozialpolitik », Carigiet 2003, traduction libre

De manière générale, on peut affirmer que les personnes concernées par l’illettrisme n’atteignent pas le niveau de compétences qui leur permettrait de faire face sans problème et de manière autonome aux situations de la vie courante, tant privée que professionnelle. Il convient toutefois de prendre en compte les différences individuelles sur le plan des attentes et des exigences, qui varient en fonction de la profession de la personne, de son niveau de formation, de son statut social et d’autres facteurs. Par ailleurs, les personnes concernées n’ont pas toutes la même perception de leurs difficultés en lecture et en écriture. La souffrance occasionnée par ces problèmes est liée aux circonstances personnelles. Qu’une personne se sente touchée ou non par l’illettrisme dépend d’une part de sa capacité à répondre aux attentes sociétales, professionnelles et sociales, et d’autre part, de sa perception des limitations que cette situation lui impose.

Le terme illettrisme qualifie aussi un phénomène complexe, caractérisé essentiellement par l’évolution de la société et ses normes. Rares sont celles et ceux, y compris parmi les personnes concernées, qui se rendent compte que des adultes scolarisés dans notre pays pourraient éprouver des difficultés en écriture et en lecture. L’illettrisme est donc un phénomène pratiquement inconnu, souvent passé sous silence. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont elles aussi responsables de la forte augmentation des exigences en matière de lecture et d’écriture dans pratiquement tous les domaines de la vie. Il devient donc plus difficile de répondre à ces exigences dans toutes les situations, ce qui complique la participation des personnes concernées à la vie professionnelle, à la vie de tous les jours et à la société, voire la rend impossible pour elles. Le risque d’exclusion de certains domaines importants de la vie a fortement augmenté ces dernières décennies.

Actuellement, le terme illettrisme décrit donc deux réalités : le défi sociétal d’une part et la situation spécifique des personnes concernées d’autre part. Les causes et les conséquences relevant elles aussi de ces deux réalités, l’illettrisme doit être étudié et abordé sous différents angles.

Illettrisme vs. dysorthographie et dyslexie

Dans certains cas, l’illettrisme est assimilé, souvent à tort, aux troubles liés au langage, à la dysorthographie et à la dyslexie. Ces termes – considérés dans ce contexte comme synonymes – font référence à un trouble de l’apprentissage, qui se manifeste à travers des symptômes observables. La cause primaire de ces troubles serait un dysfonctionnement neurologique, probablement lié à des facteurs génétiques. Pour cette raison, les personnes atteintes de troubles de l’apprentissage et de pratique de la lecture et de l’écriture / de dysorthographie / de dyslexie sont souvent également concernées par l’illettrisme, notamment lorsque ce trouble ne leur a pas permis d’atteindre le niveau de compétences en lecture et en écriture attendu dans la vie de tous les jours. Contrairement à ce qui se passe pour l’illettrisme, les exigences liées à la vie quotidienne en société jouent ici un rôle moins important. Il en va de même pour les problèmes résultant d’une maîtrise insuffisante de l’écrit. Il convient de rappeler explicitement que l’illettrisme n’est pas un trouble clinique. On constate toutefois de manière générale que la délimitation et l’utilisation des différents termes spécialisés demeurent floues.

Illettrisme vs. Analphabétisme

Une personne en situation d’illettrisme (synonyme : analphabétisme fonctionnel, faible niveau de littératie) connaît les lettres de l’alphabet et est en mesure d’écrire et de lire des mots et des phrases simples. En revanche, les textes plus complexes représentent souvent un obstacle pour les personnes avec un faible niveau en littératie, qui ont des difficultés à maîtriser les exigences de la vie professionnelle et privée. Selon cette définition, l’illettrisme se distingue de l’analphabétisme primaire (ou analphabétisme tout court, dans la langue courante) : une personne en situation d’analphabétisme primaire ne sait ni lire ni écrire. Elle part de zéro et doit acquérir les connaissances de base relatives à la graphie, l’alphabet et le geste d’écriture.

La non-maîtrise de l’expression orale ou d’une langue officielle locale ne doit pas être assimilée à l’illettrisme, qui se réfère uniquement à l’absence de compétences en lecture et en écriture.

Ainsi une personne adulte n’est pas considérée comme illettrée dans les cas suivants :

  • elle n’a pas suivi l’école obligatoire et part de zéro pour apprendre à lire et à écrire (elle est en situation d’analphabétisme dit « primaire ») ;
  • issue de la migration, elle rencontre des difficultés avec la langue de son pays d’accueil (apprentissage d’une deuxième langue) ;
  • elle a été scolarisée dans un système d’écriture différent (apprentissage d’un deuxième système d’écriture) ;
  • elle n’a pas pu apprendre à lire et/ou à écrire en raison de problèmes de santé.

Synonymes : Illettrisme et analphabétisme fonctionnel 

En Suisse, on utilise le terme « illettrisme », afin d’éviter la confusion avec les autres formes de l’analphabétisme et d’harmoniser la terminologie dans toutes les régions linguistiques. En Allemagne et en Autriche, les termes « analphabétisme fonctionnel » et « faible compétence en littératie » sont plus courants que le terme illettrisme.

On parle d’analphabétisme fonctionnel lorsque les compétences en écriture et en lecture d’un adulte sont inférieures à celles qui sont nécessaires et attendues pour faire face aux exigences sociales établies. Ces compétences dans le domaine de l’écrit sont réputées nécessaires pour participer à la vie sociale et poursuivre son développement personnel. Définition selon Egloff et al. (2011) fournie dans le cadre du programme de promotion de l’État allemand  « Recherche et développement dans le domaine de l’alphabétisation et de la formation de base des adultes », traduction libre

Afin de déterminer si une personne est concernée par l’analphabétisme fonctionnel et/ou l’illettrisme, deux facteurs entrent en jeu : les compétences de cette personne en lecture et en écriture, et le niveau de compétences attendu dans ces domaines par la société. Une personne est en situation d’illettrisme lorsque ses propres compétences sont inférieures à celles qui sont exigées et généralement attendues par la société. Dans les pays industrialisés, les exigences relatives à la maîtrise de l’écrit sont élevées. De ce fait, est également considérée comme illettrée toute personne possédant des connaissances limitées en écriture et en lecture, par exemple si elle n’est pas en mesure de comprendre une ou plusieurs informations contenues dans un texte simple.

La lecture et l’écriture, des compétences complexes

La lecture et l’écriture font partie des aptitudes les plus complexes que l’être humain acquiert au cours de sa vie. Le processus d’apprentissage est long et n’est en principe jamais terminé, car il existe différents niveaux de maîtrise de ces compétences. Apprendre à lire et à écrire exige beaucoup d’entraînement, de motivation et de persévérance. Certaines personnes n’ont pas eu la possibilité d’acquérir ces compétences pendant l’enfance et/ou l’adolescence. Le long processus d’apprentissage peut être perturbé par un ou plusieurs facteurs (souvent dès le début) :

  • Facteurs biographiques : événements marquants de la vie, environnement familial difficile, pauvreté, etc.
  • Facteurs personnels : problèmes de concentration, retards de développement, absence de possibilités de communication, troubles et difficultés d’apprentissage, etc.
  • Facteurs sanitaires : absences de longue durée en raison de maladies, etc.

En outre, le plaisir et la confiance en soi que procure la réussite, ainsi que le soutien des parents et des enseignants, la place de la lecture dans la famille et dans l’entourage font également partie des conditions essentielles, qui ne sont pas toujours remplies dans la même mesure pour tous. Par ailleurs, une personne peut perdre ses compétences en lecture et en écriture si elle ne les utilise pas et ne les développe pas en permanence. Les facteurs ci-dessus montrent que les causes de l’illettrisme sont diverses ; elles s’ajoutent souvent les unes aux autres en fonction de la situation spécifique de chaque individu. De ce fait, l’illettrisme ne peut s’expliquer en aucun cas par une cause unique.

Des stratégies de contournement face au tabou de l’illettrisme

Souvent, une association défavorable des facteurs cités fait naître des sentiments négatifs ou une attitude de refus envers la lecture et l’écriture, ce qui peut entraîner la personne concernée dans une spirale descendante dangereuse : ne pouvant répondre aux attentes de la société, des enseignants, de l’employeur et/ou de sa famille, elle éprouve du stress et/ou de la honte. Elle se sent dépassée par les exigences de la vie quotidienne. Vivre sans cesse des échecs et des incertitudes a des effets démotivants et diminue la confiance en ses propres facultés d’apprentissage. Le tabou et la stigmatisation qui entourent cette thématique empêchent toute discussion sur les difficultés liées à l’illettrisme et la recherche ou la mise en œuvre de solutions. Typiquement, les personnes concernées développent alors des stratégies de contournement : elles cachent leur(s) faiblesse(s), évitent les situations difficiles ou délèguent à d’autres les tâches qu’elles ne maîtrisent pas. Au lieu de développer leurs connaissances en écriture et en lecture, elles fuient ce défi, renforçant ainsi leurs déficits au lieu de progresser dans l’apprentissage. Dans la plupart des cas, une prise en charge précoce de ces difficultés dépend de l’environnement socio-économique et socioculturel de la famille, des moyens dont disposent les enseignants et du caractère (résistance au stress, confiance en soi, etc.) de la personne concernée.

De manière générale, la question des difficultés en lecture et en écriture est trop rarement abordée. Dans bon nombre de cas, les personnes concernées ont l’impression d’être les seules à souffrir de ce handicap. Elles ne savent pas que l’apprentissage de l’écriture et de la lecture peut également se faire à l’âge adulte et ne connaissent pas les offres de formation correspondantes. De même, ne disposant pas d’informations suffisantes sur ce sujet, leurs proches et d’autres tiers ne sont pas en mesure de les soutenir. Cette situation met en évidence l’importance d’un travail permanent de sensibilisation, afin d’informer les personnes concernées et leurs proches des solutions et des offres existantes.

Plus de défis, plus d’exigences

Les causes de l’illettrisme sont non seulement d’ordre personnel – des conditions ou les circonstances de vie défavorables –, mais également d’ordre sociétal, notamment en raison des tendances dans le domaine de la politique sociale et de formation et de leurs effets. Jusqu’à récemment, une personne en délicatesse avec l’écrit pouvait trouver du travail. L’émergence de nouvelles technologies de l’information et de la communication a toutefois changé la donne. Dans le monde professionnel, les aptitudes suivantes sont généralement attendues :

  • écrire à la main ou utiliser un clavier ;
  • remplir des formulaires ;
  • écrire des rapports ;
  • utiliser des automates et des machines ;
  • maîtriser une ou plusieurs langues étrangères ;
  • suivre des formations.

Bien que, de manière générale, la plupart des personnes possèdent aujourd’hui de meilleures compétences en lecture et en écriture qu’il y a quelques décennies, elles ne sont pas nécessairement mieux armées pour faire face à l’évolution technologique fulgurante de notre société. De même, il est devenu plus difficile de conserver son emploi, car l’évolution rapide des métiers demande un grand effort d’adaptation et une bonne maîtrise de l’écrit. Dans ce contexte, les personnes éprouvant des difficultés en lecture et en écriture en particulier ont du mal à suivre et risquent de perdre pied. L’illettrisme est donc également un phénomène social, étroitement lié au progrès technique (automatisation, technologisation, e-administration, etc.) et à des exigences toujours plus pointues. Ainsi, l’importance de l’écrit ne cesse de croître.

Conséquences pour les personnes conernées

En Suisse, une personne qui ne maîtrise pas suffisamment la lecture et l’écriture rencontre aujourd’hui souvent des difficultés à participer à la vie sociale, culturelle, politique et économique. Ces personnes sont confrontées chaque jour à des tâches qui exigent des connaissances avancées en lecture et écriture. Elles doivent donc fournir un effort supérieur à la moyenne pour remplir les tâches quotidiennes exigeantes, ce qui les amène à essayer d’éviter les situations dans lesquelles elles devront se servir de l’écrit et à cacher dans la mesure du possible leurs faiblesses. Les adultes concernés renoncent souvent à la lecture de textes plus longs ou plus complexes ou, frustrés, l’abandonnent rapidement. En dépit de leurs difficultés, ils arrivent toutefois à bien se débrouiller dans la vie de tous les jours. Le sentiment de honte et, souvent, la faible estime de soi pèsent cependant sur eux et peuvent entraîner des problèmes sociaux et sanitaires.

Bon nombre de personnes concernées développent des stratégies pour éviter les situations difficiles et dissimuler leur faiblesse, voire la surmonter, parfois de manière admirable. Elles sont habituées à cacher leurs difficultés. De ce fait, les personnes de leur entourage ont souvent du mal à interpréter correctement leurs actes, leurs affirmations et leurs réactions. Les malentendus sont fréquents :

  • la supérieure pense que son employé est paresseux ou inintelligent, parce que ce dernier n’exécute pas ou pas de manière satisfaisante les tâches qui lui sont confiées ;
  • l’enfant a l’impression que ses parents ne s’intéressent pas à lui ;
  • les conseillers (p. ex. de l’ORP, des services sociaux ou d’autres institutions) perçoivent leurs clients comme peu coopératifs ou agressifs.

Une personne concernée peut se retrouver dans une situation précaire notamment lorsque ses conditions de vie changent et que les stratégies qu’elle a mises en place ne fonctionnent plus, par exemple en cas de perte d’emploi, de scolarisation d’un enfant ou de séparation de son partenaire de vie. Dans ces cas, la souffrance s’accentue et l’envie de changer ou d’améliorer sa situation personnelle devient plus forte.

Conséquences sociétales

Les compétences lacunaires en écriture et en lecture ont des répercussions non seulement sur la personne concernée, mais également sur son environnement et, au final, sur l’ensemble de la société. Pour l’entourage, cela se traduit souvent par un stress supplémentaire, qui a de nombreux effets tant sur la santé personnelle que sur l’environnement privé et professionnel. Les personnes présentant des faiblesses en écriture et en lecture évitent ou délèguent souvent des tâches trop complexes pour elles. Elles ont donc besoin de personnes de confiance qui les remplissent à leur place (enfants, parents, amis). Conséquences : d’une part, les responsabilités ne sont pas toujours attribuées clairement, et d’autre part, n’étant pas bien définis, les rôles sont difficiles à assumer. Les incertitudes liées à cette situation sont éprouvantes, tant pour les adultes concernés que pour leur entourage.

Les répercussions sont également considérables pour les entreprises et l’économie, comme le montrent les exemples ci-dessous :

  • limitations quant à l’affectation du personnel ;
  • absences dues aux maladies liées au stress ;
  • manque de personnel spécialisé ;
  • pertes de production et risques plus élevés en raison d’instructions de travail mal comprises et/ou de processus de production peu efficients ;
  • potentiel de performance non utilisé pouvant entraîner une précarisation et un manque de pouvoir d’achat.

Une étude réalisée en 2007 par l’institut de recherche BASS (bureau d’études de politique du travail et de politique sociale) sur les coûts économiques de l’illettrisme montre que le risque pour les personnes concernées de perdre leur travail ou de rester sans travail est très élevé. Selon cette étude, les pertes de revenus et d’impôts ainsi que les dépenses des assurances sociales (assurance chômage, aide sociale, AI) imputables à l’illettrisme s’élèvent à plus d’un milliard de francs par an en Suisse :

La société dans son ensemble paie près d’un milliard de francs par an parce qu’on ne réussit pas à remédier aux faiblesses en lecture de 16,4 % de la population en âge de travailler. (traduction libre) Bureau d’études de politique du travail et de politique sociale 2007

Outre les conséquences financières, les répercussions sociétales, non quantifiables, de l’exclusion partielle ou totale de personnes présentant des faiblesses en lecture et écriture devraient elles aussi être examinées. Les questions suivantes illustrent la complexité de la thématique :

  • Comment l’illettrisme influence-t-il la cohésion sociale et la vie en société ?
  • Quelles sont les conséquences de l’illettrisme sur la participation politique ?
  • L’égalité des chances est-elle garantie en cas d’illettrisme ?
  • Quel est l’impact de l’illettrisme sur la culture dans notre pays ?
  • Comment les lacunes en écriture et en lecture affectent-elles la vie sociale ?

La plupart de ces questions n’ont pas fait l’objet de recherches scientifiques exhaustives et ne sont pas suffisamment prises en compte dans le discours sociétal. La sensibilisation des adultes directement concernés, des personnes relais et du grand public permet de lancer la discussion sur ces questions et les thématiques apparentées et de les examiner sous divers angles, afin de trouver des solutions pour les adultes en situation d’illettrisme, de détendre la situation et de contribuer à l’intégration de tous les groupes de la population dans la société.

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